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Histoires courtes

Histoires courtes

Bidaia poetikoa

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UNE CHAMBRE DE BONNE

Ttotte Etxebeste —
UNE CHAMBRE DE BONNE

Je vis dans une étrange chambre de bonne. Sur le mur, il y a une peinture ancienne, d’un autre temps, qui se craquelle. Il y a aussi des bouts de scotchs ayant sans aucun doute servis à fixer les souvenirs d’un ancien locataire. Au plafond, des auréoles sombres qui laissent des traces fantasmagoriques. Pour tout mobilier, il y a une chaise, une table et un lit. Un muret sur lequel est fixé un lavabo poreux qui ne connait pas l’eau chaude séparant la chambre des toilettes. Au dessus de la porte, quelqu’un a fixé une télé, inutile. Une fenêtre sans volets laisse entrer un léger filet de lumière de l’extérieur. La porte d’entrée de la chambre est étrangement percée en son milieu.

Je ne sais plus très bien depuis combien de temps je vis dans cette chambre de bonne. Ici les heures ont changé d’espace temps, on ne les compte plus, comme si la pendule avait été arrêtée. Ici le temps ne passe pas, il se perd. Et à vrai dire, quelle importance le temps, les heures, puisqu’ici, hier et demain sont jumeaux.

Parfois, j’arrive à m’évader de cette chambre de bonne. Je rêve alors de ma vie d’avant, lorsque je pouvais sentir le vent, la chaleur du soleil et même la pluie d’hiver sur ma peau. Lorsque je pouvais courir, courir tout droit sans fin. Je rêve aussi de l’époque où je pouvais voir l’horizon au loin. Ici, je sors une petite heure dans une cour sans soleil, sans chaleur, me dégourdir un peu. De temps à autre, je croise d’autres locataires, des fantômes qui marchent en ronds. Comme ils ont l’air triste ! Suis-je comme eux ? Certainement.

Un pigeon sale et gras se pose quelquefois sur le rebord de la fenêtre grillagée de ma chambre de bonne. Il reste là, et moqueur il s’envole vers le ciel. Je le déteste ce pigeon, et d’ailleurs ce n’est pas un pigeon, c’est un sale rat volant de la pire espèce. Pourtant je l’envie ce salaud.

Il arrive que depuis les chambres de bonnes voisines, des cris sourds me sortent de ma léthargie. Ce sont des hurlements venus du fin fond de la misère humaine. Le propriétaire de ce lieu a-t-il concentré ici toute la détresse humaine, comme pour la cacher au monde extérieur ? Lorsque la misère se fait trop pesante, il arrive qu’un locataire n’en pouvant plus, préfère s’en aller en fermant à tout jamais les yeux à la vie.

Lorsque la nuit, la solitude devient trop lourde, et qu’un semblant de silence parvient à me faire oublier un instant la terreur de cette chambre de bonne, je me blottis dans le corps d’une femme imaginaire. Sa tête est renversée en arrière avec les lèvres entrouvertes, et ses mains serrent fortement mon corps. Je lui fais l’amour, le corps tendu de désir, elle frissonne, elle se contracte sous le plaisir des caresses que je lui prodigue. Le cœur battant à tout rompre, je lui murmure à l’oreille «Que tu es belle». Brutalement, perçant la nuit, s’allume une cruelle lumière blanche, allumé par je ne sais qui, me ramenant à nouveau dans ma chambre de bonne.

Des nouvelles de l’extérieur me parviennent, depuis cette télé fixée au dessus de la porte. Comme c’est étrange, plus le temps passe et plus je me sens étranger de ce monde que je ne reconnais plus. Ce monde, venant de cette boite à image comme un brouhaha, n’a plus de sens.

Le plus terrible, ce sont les clés de ma chambre de bonne que je ne détiens pas, ce sont ces ombres de l’autre coté qui ouvrent et ferment la porte, à heure fixe, dans un bruit de fracas métallique.

GOSE

Ttotte Etxebeste —
GOSE

Gizakiak bere bizia dauka gosez betea. Bainan gose guziak ez dira berdinak. Badaude batzuk diru podere gosez edozoin gauza egiteko prest daudenak. Diru podere gosez beren anai-arrebak menperatzeko prest daudenak, ez denean aitetamak saltzeko prest. Prest daudenak, atzo idatzitakoa edo errandakoa ukatzeko... podere gosez !

Gose guziak ez dira berdinak eta ez dituzte guziek sapore berdinak ; batzuk gatz sapore bat daukate, beste batzuek gozo saporea dutenean. Gose batzuek altxatzen zaituzte, beste batzuek apaltzen zaituztenean.

Askatasun, duintasun gosez doan gizon emaztea balio haundikoa da. Bere goseak gaitu hazten eta gu ere handitzen. Askatasun gose horrek daukan edertasuna ezin idatzia da, ezin kantatua. Gose hori bakoitxaren baitan senditzen da. Isiltasunetik sortzen da. Zure baitan duzun gose horreri bizia ematen diozunean, segur izan zaitez eremanen zaituen bideak bide arraroak izango direla. Zeren, zure baitan den gose horrek ez ditu inoiz bide errexenak hartzen.

Haur baten goseak badu bere erran nahia, gose hori bete behar dela, bai janariz, bainan baita ere amodioz. Haurraren gosea zure eguneroko eskaintzan duzu asetzen. Gau eta egun hor zaudenean, duzun maitasun osoa eskainiz.

Herri honetako dugun askatasun gosea berdintsu da: gau eta egun eskaini behar dugu aseko duen amodioa eta duintasuna. Askatasun gose horrek asko eskatzen du, garesti da gose hori asetzea. Alta, badakit eskatzen daukun guzia eskaitzea dela goserik ederrena.

JE VOUS ECRIS

Ttotte Etxebeste —
JE VOUS ECRIS

Je vous écris d’un pays qui soit disant n’existe pas. Car, un jour, les puissants qui dessinent les cartes, et marquent les frontières, ont décidé qu’il en serait ainsi. Je vous écris d’un pays d’où la trace des anciens Atlas a été effacée. Je vous écris d’un pays, oublié par les livres d’histoires officielles. Je vous écris d’un pays qui pourtant existe, il bat dans mon cœur et dans mon âme, comme il bat dans celui de milliers d’autres.

C’est une petite parcelle de terre, sur notre planète, où il n’est pas question de race, de couleur, pour être de cette terre. Elle est depuis la nuit des temps une terre de passage, elle a vu passer les romains, les wisigoths, les maures et les francs et bien d’autres au fil des siècles. Elle a aussi vu passer tant et tant d’errants, de marchands et de pèlerins.

Puisque l’espèce humaine, parait-il, est apparue en Afrique, cette terre à l’origine devait être vierge. Nous sommes arrivés là par hasard, venus de je ne sais où, émigrants, ou naufragés elle nous a accueillis. Au fil du temps, nous l’avons labourée, avons semé des mots et des mystères, jusqu'à en faire naitre une langue à nulle autre pareille. Une langue qui vous emporte dans un voyage millénaire, jusqu’aux portes de la préhistoire. Par la suite, elle a vu naître le latin et l’a vu mourir. Elle a résisté à toutes les invasions, elle a résisté au temps, aux lois, aux dictâtes des puissants. Ce n’est pas une langue, c’est une âme, un chant, un cri, c’est un souffle, une respiration.

De ces émigrants, de ces naufragés elle en a fait un peuple ; un peuple de bergers, d’ouvriers et de marins. Des bergers pour nous enraciner à la terre, des ouvriers pour forger un destin, des marins pour s’ouvrir vers d’autres horizons, sans esprit de conquête. Elle en a fait des femmes et des hommes libres. Toi qui n’es pas né de cette terre, si tu désires t’enraciner à elle, il te suffira de créer ce lien invisible avec cette langue, cette culture. N’oublie jamais, comme nous, nous ne devons pas l’oublier, cette terre ne nous appartient pas, c’est nous qui lui appartenons.

La colère et la résistance soulève encore ce peuple, lorsque les puissants remettent en cause sa liberté, lorsqu’on bafoue sa langue. Ou lorsque les marchands du temple arrivent voulant acheter cette terre pour en faire un petit coin de carte postale. Il n’y a pas si longtemps encore les nuits étaient souvent bleues.

Ce pays, ce peuple est debout depuis des siècles, ce peuple fait face à tous les envahisseurs. Debout et fier de ce qu’il est, sans pour autant sombrer dans le chauvinisme, ni dans la haine de l’autre. Ni supérieur ou meilleur que les autres mais simplement debout voulant être un peuple heureux, dans un pays libre.

INOIZ MAITATU EZ DUENAK

Ttotte Etxebeste —
INOIZ MAITATU EZ DUENAK

Inoiz maitatu ez duenak
Inoiz ukitu ez dituenak
Ezpai baltsamatuak
Senditu ez dituenak
Begirada pisu horiek
Eritasun begi horiek
Sukar etsipenak

Inoiz bere esku artean
Ukitu ez duena zauri sakona
Ama baten urradura
Dena uholde denean
Ametsa desegin denean
Nahi gabe dena urtu denean
Egunerokoa debaldetan denean

Inoiz jasan ez duenak bere gainean
Heriotz hotzikararen laztana
Bere atzamarretan ukitu ez duenak
Bestaldeko belar lodia
Makurtzen ahultzen dakoena
Bere begiak ziloak direnean
Nundik ihes doan eguneroko bizia

Eta hau dena amaitzen da
Beharbada desagertzen da
Ezerezan galdua
Elkarrekin izana
Eta ez gehiago izaitea
Malkoetan desegiten dena
Urak urtzen duena

Landare bat errotik ateratua
Lurretik, ongarritik erauzia
Esku maite bat utzi duguna
Eta beti bere sustraieri lotua
denborak, desegin ezin duena
Bakarrik ezin zimeldu
Inoiz maitatu ez duenak
Ezin du senditu hutsaren hatsa

HISTOIRE A DEUX TEMPS

Ttotte Etxebeste —
HISTOIRE A DEUX TEMPS

C’était encore le temps des pattes d’éph des grands frères. Nous on quittait tout juste nos pantalons courts, les chaussures cirées du dimanche, c’était la fin des genoux écorchés et le début de nos premières sorties, de nos premiers amours, celui du premier baiser sur la bouche, des boutons d’acnés sur la peau, putain ! Mais aussi celui de nos premières années de liberté, d’insouciance.

C’était le temps où les radios chantaient, un truc qui m'colle encore au cœur et au corps, alors que nous, on écoutait plutôt l’histoire d’un Stéphanois, de cheminée d'usine hululent à la mort, de la misère écrasant son mégot sur son cœur. C’était le temps d’un petit blondinet, avec son foulard bandana, qui chantait qu’être né sous le signe de l'hexagone, c'était pas ce qu'on faisait de mieux, alors que le mousquetaire lui, était amoureux à mourir.

C’était le temps où ce sacré comique de Michel Lang nous faisait croire que les petites Anglaises étaient à nous. La petite Sophie, elle, n’avait pas encore le droit de faire la boum. Les parents nous interdisaient de nous approcher de la belle Emmanuelle, on la regardait dans son fauteuil en rotin…. Comme elle était belle ! Heureusement nous avions ce grand malade de James Coburn pour nous faire oublier la jolie Emmanuelle. Avec lui pas d’érotisme, c’était « planque-toi connard !....mèche courte ! » il se baladait toujours sur sa vieille Harley-Davidson Model D, les poches pleines de flacons de Nitroglycérine. Romy, elle, était morte dans un vieux château et Noiret sortait son vieux fusil. Une équipe de bras cassés nous faisait rire et l’un d’eux chantait Etoile des neiges, bloqué sur un télésiège. On ne croyait plus au père noël depuis longtemps et en plus on ne sait plus qui, nous avait dit que c’était une ordure. Barbara et Robert était amoureux, il n’y a pas à dire c’était vraiment, nos plus belles années. Imagine, Elio Petri disait à qui voulait l’entendre que la classe ouvrière va au paradis. La seule ombre au tableau c’était que ce brave Elliott Gould, pourtant un sacré privé, avait perdu son chat.

C’était le temps des premières manifs, Gilles Perrault nous parlait de guillotine, de pull-over rouge. Au Chili on avait coupé les doigts de Victor Jara pour qu’il ne joue plus de la guitare et après sa mort il chantait encore. Un mec avec un béret et une étoile dessus, assassiné dix ans plutôt, nous envoyait un message de révolte d’Amérique Latine. On commençait déjà à aimer les buffets froids et à dire, adieu poulet, à tous ces enfoirés… et oui Renaud n’avait pas encore embrassé un flic. Dans les salles obscures, on allait voir pour la première fois la grande évasion… celle de Segovia, bien sûr.

Deezer, Spotify et autres téléchargement en ligne n’existaient pas encore, on écoutait Errobi, Zappa sur vinyle ou cassette. On draguait sur la version Hôtel California d’Anje Duhalde. Si on se cassait les dents, il y avait toujours Itoiz avec lau teilatu. Là, aucun risque c’était imparable. On se faisait traduire les paroles de Bob Dylan par ce bon vieux Hugues Aufrey. On ne savait plus si Suzanne était la petite copine de Leonard Cohen ou de Graeme Allwright. Puis, il y avait cette drôle de nana, celle qui descendait de la montagne, sur un chariot chargé de foin….La fille du coupeur de joints.

Mais surtout, c’était le temps de ma première mobylette.

POPO

Ttotte Etxebeste —
POPO

Igande iluntzea, Baionako bestak bero-beroan ari ziren, karrikak alkola usainez jantziak ziren. Musika eta kantuen artean, Ipar Euskal Herriko gazteria bere antsikabean bestan zegoen. Igande iluntze hartan, gorri eta xuriz jantzia, besta giroa jaun eta jabe zen. Besta giroak urteko arazoak ahantziarazten baititu ordu batzuentzat. Neska gazteak beren edertasunean eta mutilak beraien ondotik, buru eta bihotzak ametsez eta esperantzaz beteak. Bai, igande iluntze hartan, besta giroa zen nagusi Baionako karriketan.

Besta giroan ?... Denak ez alta ! Igande iluntze hartan, 19:30ak aldera, Baionako karriketan zaudenen batzuen lau lagun, lau gudari, Landesetako kanpin batean ziren, jandarmeri ihesi egin nahian. Senditua zaukaten beraientzat giroa berotzen hasia zera kanpin alde hartan eta alde egin behar zutela. Kanpadendak bildu, tresna guziak autoan sartu eta kanpin fresak pagatzera abiatu ziren. Pagatzeko momentuan agertu zen jandarmen auto urdina. Dena plantan utzi eta korrika autora joan ziren, ez zegoen denborarik galtzeko, ihes egin behar zen segidan.

Lau gazteak lehen autoan, ondotik auto urdina, kanpineko bidexketan, filma amerikanoetan bezala, aldiz, hor ez pelikula bat, baizik eta egiazko drama baten hastapena. Gertatu beharra gertatu baizen, lau gazteen autoa blokatua gelditu zen. Autotik jautsi ziren, bi jandarmek berdin egin zuten. Zenbat denbora iraun ote zuen buruz-buruko hark ? Eternitate bat, han zaudenentzat. Minuta batzuen ondoren, eternitate baten ondoren, lehen tiroak joan ziren jandarmen aldetik eta gazteek erantzun zuten segidan. Ondoren, jandarme bat lurrean hilik gelditu zen, bestea zauriturik. Drama ez zen hor gelditzen, zeren lau gazteetatik batek ihes egin baizuen bakarrik, oihan aldera, tiroketa denboran. Gelditzen ziren hiru gazteek begirada batzu bota zituzten inguruetan, azkar-azkar, ezin baitzen luzaz hor egon behar, ikusten zutenez edo ez beren gudako laguna, bainan deus ez, bere itzala ere ez zegoen gehiago ageri. Hiru gazteak jandarmen autoan igo eta ihes egin zuten, jadanik zirrenak entzuten ziren alde guzietan. Denbora gutitan ingurua zakurrez betea izango zen. Jandarmeen irratian entzuten zuten bideak mozten hasten zirela. Zona beltzatik atera behar zuten, hori zen beraien lehentasuna. Beraien helburu bakarra. Lortuko zuten, sare horretatik ateratzen autoz, oinez, treinbideak segituz, oihanetan gordez, gau osoa ibiliz sartu ziren Euskal Herrira.

Herrira sartu ondoren, laugarren lagunaren zain egonen dira, noiz berririk emanen zuen. Alta, egunak, asteak, hilabeteak pasako ziren berririk gabe. Zer gertatu zaio ? Non da ? Galdera horiek beren burumuinetan pasako zituzten hamar mila aldiz…. Maluroski, galdera pisu horren hastapena baizik ez zen. Ze ostia pasa zen han !?! Ekaitza pixka bat pasa ondoren, lagun batzu bidaliko zituzten kanpin aldera informazio bila, desagertuaren inguruko lagunak galdezkatuko, bere ingurumenean xekatuko. Urteak iragan ondoren, hilobia bat ere irekiko zuten, bere aztarnak bidu nahian. Ez zen deus agertuko, ez zen deus entzunen, isiltasunaren hutsa, galderen amildegia.

Urteak pasa dira, garai haietako Baionako bestetako gazteak zahartu dira, haurrak ukan dituzte eta orain haur horiek dira janzten xuri gorriz, haur horiek orain dabiltza beren burasoak bezala kantuz, dantzan, nesken ondotik, bihotzak ametsez eta esperantzaz beterik. Gu aldiz, geroztik beti hor gaude, gure galdera ilun berdinarekin « Nun da Popo ?». Ez dugu ahantzi nahi gure laguna.

Herri honek bere historioaren orrialde bat itzuli nahi luke, bainan orrialde hori benetan hesteko, guk jakin nahi dugu zer egin zuten 1983ko agorrilaren 7ko iluntze hartan, Leoneko oihan beltz haietan, gure anaiarekin. Ez dugu bakerik izanen egia jakin arte, gure azken hatsa arte, hots, jakin arte beti galdera berdina oihukatuko dugu : « NUN DA POPO ? »

LAGUN

Ttotte Etxebeste —
LAGUN

Lagun, bide berri batzu hartu behar ditugu
Lehengoetatik atera ta aintzina jo behar dugu
Urratu ditugun urratsak hor daute gure gidari
Ez da hutsean izan eman ditugun malko ta izerdi
Lagun burua apal, ez inoiz erran: bidea amaitu da
Ez inoiz pentsa zure baitan: hau azken borroka da.

Badakit beste asko bezala galderez beterik zaudela
Erantzun ezkutatuak ezin aurkitu oraindik, hor galdua
Ez amore eman altxa ukabila ta borrokan beti segi
Zure indarraren beharra du gure herriak, ez etsi!
Atzoko armetatik ildo berriak asmatuko ditugu
Ainitz gara, bildu behar gara, gure indarra hor dugu

Aroztegietan indarrez golde berriak egingo ditugu
Lurrari borrokarako hazi gazteak landatuko ditugu
Etorkizuna atzo ixuritako odolarekin dugu garaztatuko
Zure galdera hutsak utzi, hartu arnasa, borrokari jo
Xutik aurre egingo diogu ukatzen gaituen arrotzari
Gure euskaltasunez beteak, bota dezagun irrintzi

Erori diren anai-arreben orroitzak ezin ahantzi
Etxetik urrun daudenak behar ditugu berritz ekarri
Elkarrekin lanean Nazio berri bat osatuko dugu
Borroka berri hortarik gure ametsa eraikiko dugu
Entzun lagun, haizeak dio badatorrela askatasuna
Egun sentia dator, ez da hilen gure herri zaharra

MIÑABAITA

Ttotte Etxebeste —
MIÑABAITA

Euskaldunek, karrika edo ostatu xoko batean ezagutzen ez dugun norbait gurutzazen dugularik, galde egiten diogu nor zira ? Edo, hobeki erran, nungoa zira ? Zein etxetakoa den jakinez, jakiten dugu nor ziren.

Miñabaita etxealdea Urruñan kokatua da, Ibardin beherekaldean ; «Arrikorda», «Kapela» eta «Jolimonberri» auzoko etxaldeak ditu. Miñabaita etxalde ttikitxo bat da, hiru, lau soro ta pentzez inguratua. Duela kasik mende bat, bi gerla handien artean, hor hartu zuten kabia ezkondu berri ziren Maijane eta Koxe Cruz-ek. Etxalde ttiki horretan sortuko ta haziko dira sei anai-arreba. Ez dira iñoiz dirudunak izan, bainan Miñabaitan beti ukan dute bazkari, etxalde hortako aberastasun handiena maitasuna izan baita beti. Koxe-k dozena bat behi eta artalde bat, Maijane-k aldiz baratze lanak ta merkatu bidaiak astero, haurrak laguntzaile.

Nere aita zena Miñabaitako semea zen ere. Gu ere anai arrebak eta lehengusu guziak hor handitu gira. Miñabaitan ikasi dugu zer den familia, zeren etxe horretan bazegoen familia eta gero mundua. Hor ikasi dugu ere gure euskaltasuna, garaia haietan eskolan debekatzen ziguten euskaraz hitz egitea, zigortuak ere ginen. Miñabaitan han zegoen gure aitatxi Koxe gogorarazteko etxe horretan hizkuntza bat zegoela : euskara ! Laborantxa mundu horretan hazi gira, giro basbestu horretan ikasi dugu nungoak ginen.

Erraiten da etxalde bakotxak baduela bere historio ta sekretu, Miñabaitak ere bereak baditu, egia erran liburu bat ez litaike aski izanen dena kondatzeko. Euskal Herriaren historioaren kapitulu batean aipatzen bada hego aldetik ihes egin zuten gudariak, ez da ahantzi beharko Miñabaita, Antton etxeko semea mugalari izan baita. Hainbat, ETAko neska -mutilek ikara, hotza ta akidura pasa ondoren, Miñabaitako atea idekitzean berotasuna eta maitasuna aurkitu dute.

Urteak irangan dira, mende bat ere, Maijane eta Koxe Cruz joan dira, horiekin ere bere seme alabak. Miñabaita hustu da segidarik gabe. Maijane eta Koxe Cruz-ez baiziren jabe, soilik etxatiar. Azken etxeko mutil zaharrak ere ez zaukaten segidarik. Joan zaigu Miñabaita, bainan beti geldituko naiz Miñabaitakoa.

AMESTEN DUT JE RÊVE ...

Ttotte Etxebeste —

Amesten dut mundu bat…
non egunek lituzkete sasoinen kolore
non gizatiek….
Ostia, mundu hori ez ote da posible ?

Je rêve d’un monde….
Ou les jours seront aux couleurs des saisons
Ou les humains ….
Putain, il n’est pas possible ce monde ?

LA LONGUE DAME BRUNE

Ttotte Etxebeste —
LA LONGUE DAME BRUNE

Lorsque la répression entra dans notre famille pour la première fois, nous étions au milieu des années 70 (un temps que les moins 40 ans ne peuvent pas connaître). Elle est arrivée avec son lot de sang et de larmes, j’avais alors 14 ans. C’était le jour de l’Aberri Eguna, la veille au soir, sur les hauteurs de Bera, avait eu lieu un affrontement avec la guardia civil. Cette nuit-là, Korta (Manuel Mari Garmendia Zubiarrain) y laissa la vie et Antton, mon oncle y fut gravement blessé (oui ça deviendra une habitude dans la famille).

Du haut de mes 14 ans, des questions commencèrent à se bousculer. Pourquoi mon oncle était-il blessé et pourquoi Korta était-il mort ? Etions-nous toujours en guerre ? Que combattions-nous ?

Des questions sans réponse ! A cette époque, dans notre famille, c’était comme ça, on n’en parlait pas ! C’était une histoire d’adulte, alors que je voyais bien des gens qui venaient à la maison rester une nuit voire deux et répartir.

J’étais toujours là avec mes questions et je sentais grandir en moi une révolte, en même temps que je découvrais que mon Pays n’était pas la France, que c’était Euskal Herria ! J’avais des tonnes de questions qui restaient toujours sans réponse.

Et un Jour, dans une ruelle de Donibane, je découvris une petite librairie. Elle était tenue par une « longue dame brune ». Elle avait un petit air de Txaranbel. Je crois que c’est lorsque je franchis pour la première fois la porte de cette librairie que ma vie bascula vraiment dans l’aberzalisme. Par la suite, après le lycée, je courrais vers cette librairie et ma belle libraire, comme on court à un rendez- vous. Elle me parlait de sa voix suave, de la lutte, d’Euskal herria, du problème que nous avions déjà avec le tout-tourisme. Elle me conseillait des lectures et comme je n’avais pas un rond elle me prêtait des livres que je lui ramenais après lecture. Je me souviens encore de mes premiers livres : opération Ogro et le procès de Burgos. Elle m’apprit mois après mois et année après année à devenir un militant. Elle me donna aussi le goût de la lecture qui ne m’a plus quitté.

Elle vivait à cette époque, avec un sacré barbu du genre fort en verbe, un caractère et un charisme bien affirmé. Lui aussi me prit en sympathie, il était moins littéraire qu’elle, lui c’était plutôt l’action, ce qui, je dois l’avouer, me convenait assez bien. Avec lui, j’ai connu mes premières réunions dans les comités de soutien aux réfugiés. Je fis avec la « longue dame brune et le sacré barbu » mes premières manifs à Biarritz et à Bayonne. Ils venaient me prendre avec leur 4L blanche (voiture très en vogue dans ces années-là).

Puis, j’ai continué ma route, j’ai rencontré d’autres compagnons de lutte, mais je n’oublie pas que c’est ma libraire, ma « longue dame brune » qui a commencé ma formation politique. Que c’est à elle aussi entre autre que je dois le militant que je suis devenu.

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