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Histoires courtes

Histoires courtes

Bidaia poetikoa

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Alcool

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une ombre s’accroche au bar

Nul ne sait qui retient l’autre

La tête au fond de son verre

Il croit encore tenir la barre.

 

Silhouette perdue, à la dérive

Il sombre seul, il dégueule

Et aux humains il gueule

Durant ces heures tardives.

 

Depuis combien de temps est-il là ?

Il s’en fout, pour lui, il est trop tard

Il s’enfonce dans son brouillard

Il se croit sorti d’un roman de Zola.

 

Il ne voit plus la vie au dehors

Il est prisonnier de son désespoir

Perdu au fond des verres illusoires

Il n’a plus que ce troquet comme décor.

 

Comme chaque soir, à la fermeture

Il se fera jeter comme un clébard.

Il maudira le patron et son putain de bar

Il s’en ira titubant, avec sa déchirure. 

 

Dans une autre vie, il fut un homme

Avant cette descente en enfer

Otage de cet alcool mortifère

Jusqu’à la nausée à coup de rhum.

C'était le temps...

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’était le temps des sacs de billes

Les genoux écorchés qui saignent

Des tâches d’encre sur les tabliers

Les dictées et tables de multiplications

Et les coups de règle sur les doigts.

 

Les mois de juillet aux odeurs de foin,

Dans les bois, la jungle n’était pas loin.

Les mains et la bouche pleines de mûres

Fort Alamo était juste derrière un mur,

Sous les tirs, la mort sur l’herbe séchée.

 

Le lait qu’on allait chercher à la ferme

Avec nos bidons de  lait en fer blanc

La vieille, de sa cuisine, qui nous épiait

La peur au ventre, il fallait courir,

Les héros d’Alamo s’étaient envolés. 

 

C’était le temps des épées de bois,

Des frondes, la chasse aux fauvettes,

Les brindilles dans les trous à grillons

Des pommes, des figues dans la musette

La fuite quand le chien de la ferme aboie

 

Les dimanches en culottes courtes

Les mains jointes à écouter le curé

Imprégnés d’odeurs âcres d’encens

Les cheveux gominés avec une raie

A regarder les filles en robe blanche.

 

La nostalgie de ce temps enfui

Si lointain et pourtant si présent

C’est une douce mélancolie

Qui silencieusement embellit

Les souvenirs de ma vie d’homme.

Nous pouvons

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous pouvons aller et venir

Encerclés par nos doutes,

Par nos peurs à vomir.

Les fantômes du souvenir

Nous laissent ce trou indéfinissable.

 

Nous pouvons puiser  à la source

Dans les puits les plus sombres

De la mémoire, notre ombre.

Creuser, les nuits de lune, des tombes

Reste dans la gorge cette amertume.

 

Nous pouvons nous réfugier

Dans les paroles saintes de l’abîme.

Croire à la résurrection de l’âme

Dans la froideur des églises vides

Pour n’attendre que cette fin, inévitable.

 

Nous pouvons fuir jusqu’au suicide,

La lame lacérant les veines de vie,

Rongés par des cicatrices d’incertitude,

Dans les yeux, des pluies acides,

Et chavirer dans le néant, sans réponses.

 

Mais nous pouvons fermer les paupières

Apprendre du silence, la musique.

Par elle, comprendre nos fantômes

Apaiser nos peurs anxiolytiques

Sourire à nouveau à la vie sans logique.

 

Mais nous pouvons écrire un autre avenir

Sans oublier les larmes des souvenirs

Quitter les églises vides et la vie bénir.

De soleil et de pluies douces se saouler,

Faire de l’espoir un chemin à fouler.

 

Mais nous pouvons si nous le voulons

Repeindre le noir de nos tristes âmes

Des couleurs de l’arc-en-ciel, sans drame.

Le passé est gravé sur un marbre

L’avenir lui, peut être une mélodie au violon.

Société

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je te regarde et je me décourage,

Société, je ne te comprends plus.

Je ne trouve plus d’ancrage

Comme si tu m’avais exclu.

 

Ta course et ton vacarme

Me font mal à la tête

Ton monde est en alarme

A vouloir plus de conquêtes.

 

Société, ta planète brûle

De ta furie destructrice

Partout nait la canicule

De ta folie génératrice.

 

Tu saccages, tu assassines

La misère est un quotidien

Tu frimes dans les magazines

Il n’y a plus beaucoup d’utopiens.

 

Tu as fait de nous, tes êtres,

Tes pauvres esclaves.

Pour qui rien ne peut plus naitre

Tu te refugies dans ton enclave.

 

Les océans déversent

Tes déchets sur les plages

Mais pour toi, c’est du commerce

Tu te fous de tout ce saccage.

 

Ton coffre fort est bien plein

Toi, tu ne connais pas la famine

Bientôt, sera la fin de l’homo-sapiens

Ton argent ne te servira pas d’insuline.

 

La planète renaitra de tes cendres

Mais toi société, tu seras morte.

D’autres espèces naitront de son ventre

Pour une nouvelle vie sans discorde.

En cloque

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce matin, tu te sens drôle,

Pas dans ton assiette.

Tu te traines, tu gondoles,

Légèrement défaite.

Tu es à coté de tes pompes.

Tu as des haut-le-cœur,

Tu n’es pas à prendre

Avec des pincettes.

Tout t’écœure.

 

Tu as fait le test,

Tu comprends.

Pas de doute, il est là,

C’est sans conteste.

Le vertige te reprend

Tu as besoin d’air

Tu respires,

Il te faut une tequila !

 

Ton corps commence

À se transformer.

Tu as arrêté de fumer.

Tes seins gonflent,

Ton petit ventre plat

S’arrondit doucement.

Tu as un nouvel éclat,

Tu te sens en mouvement,

Tu ne montes plus sur la balance.

 

Ton ventre s’est bien arrondi.

Tu ressens ses premières secousses.

Ton pauvre dos le porte aussi.

Il te parle avec ses petits coups.

Tes seins sont lourds à présent.

Tu as des envies bizarres,

Des idées à foutre le bazar.

Tu n’es plus aux fruits de saison.

Tu te mets à repeindre la maison.

 

On te passe un gel, c’est l’échographie.

Tu entends les battements de son cœur

Tu l’aperçois sur l’imagerie,

Il n’est plus une rêverie.

Tu le ressens en profondeur

Ce petit être qui te chamboule.

Tu souris et tu sais,

Que toute ta vie,

Il te fera perdre la boule.

 

Les mois filent et tu changes,

Au fil de temps qui passe.

Tu dors sur le côté.

Tu es métamorphosée

Tu t’es merveilleusement érotisée.

Il ne va pas tarder à apparaitre

Ce petit humain qui te bouscule,

Maintenant, tu as hâte de le connaitre

Il est temps qu’il quitte sa bulle.

 

Tu gémis, tu souffles, tu pleures

Tout le monde s’agite autour de toi

Celui qui t’aime, te tient ta main.

Il n’est pas très fier.

Tu inspires, tu pousses.

Tu aperçois sa frimousse.

Il est dans tes bras,

Sur tes seins nourriciers.

Le cordon vous relie encore,

Le couper pour lui offrir sa liberté !

Une vie urbaine

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une pluie de silence tombe sur la nuit

Soudain les caniveaux sont des ruisseaux

Qui dégueulent, sur la ville, cette solitude

De la vie urbaine qui court dans l’inutile.

L’homme n’est plus qu’un fantôme

Qui erre dans ce vaisseau de béton

Sans capitaine, sans équipage.

Les corps courbés, déambulent,

Le regard perdu dans le vide.

Emprisonnés dans des voies sans issues,

Dans des labyrinthes de murs gris.

Les oiseaux ont fuit depuis des siècles

Laissant place aux hurlements des klaxons.

Le ciel se cache derrière un brouillard de fumée.

Les trains aériens ne mènent plus nulle part

Si ce n’est vers des ghettos, d’autres tours.

Des fourmis qui  s’engouffrent matins et soirs

Dans des métros souterrains, entassées

Dans la transpiration des unes et des autres.

Elles se touchent, elles se sentent et pourtant,

Elles sont invisibles, étrangères, indifférentes.

Des êtres perdus dorment sous des cartons

A même le trottoir dans le froid de l’indifférence.

Des mains inconnues parfois osent jeter une pièce

Ne sachant plus, lequel est le plus naufragé.

La ville les aspire dans ses égouts d’abandon.

Vie urbaine à la dérive, sans avenir dans les yeux.

Ils ne sont plus que des passants…

Passant dans le temps.

Sur cette écorce, je vais graver

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur cette écorce, je vais graver,

A la déchirure de mon âme,

Du passé tous mes drames

De mon corps à en crever.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Une vie écorchée vive,

Ces saisons corrosives,

Cette douleur en moi larvée.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

De mes larmes vaincues,

Ce qui n’est plus,

Ce qui est mort sous les pavés.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Ton nom mon amour

Je vais sculpter tes contours

Pour que tu m’aimes à en rêver.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Cet amour fou, et obstiné,

Avec ton sourire étonné,

A tes cotés prêt à tout braver.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Ton cœur pour qu’il me reste,

Tant que je suis terrestre,

Et que rien ne vienne l’entraver.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Notre vie à deux, avec force,

Creusée dans cette écorce,

De ce vieil arbre éprouvé.

Crois en tes ailes

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crois en tes ailes

Reste cette rebelle

Mais surtout

Ne t’accroche pas

 À une branche

Qui d’un coup de vent,

Flanche

Se brise

Et te pulvérise.

Crois en tes ailes

Elles te porteront,

Te renforceront.

Mais surtout

Ne laisse personne

Te les arracher

Elle t’assassinerait

Elle ferait couler

Des larmes de sang,

Ta liberté dépérirait.

Crois en tes ailes

Déploie-les

Prends ton envol

Même si

Ça  t’affole

Et si parfois tu sens

Que le ciel est gris

Pas grave, c’est le prix.

Qu’importe, vole

C’est ta folie

Ta survie…

Ta vie !

Segalari

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ez dakit nondik etorria

Hor agertu zaitan.

Lanbroraren

Atzetik ateraia, edota,

Euri, blues,

Egun batez.

Puta baten begirada zaukan

Gorputz gerria

Erotzekoa egina.

Bularra malkartsu

Lotsagabe tente

Berotzen zautan.

Bere sareetan

Harrapatu nahian.

Itzuli gabeko

Bidaia batetara

Ereman nahian.

Eta nik ez ditut maite

Itzuli gabeko bidaiak !

Sabel dantza

Egin zautan

Liluratu gogoz.

Erotismo beteko

Hitzak kondatu zizkidan

Ez nuen sinetsi.

Zerbait arraroa zaukan

Neska puta hark!

Beharbada…

Nere blues-a

Beltzagoa izan balitz

Segituko nuen.

Bainan hor ez !

Beraz buelta eman

Eta plantoan utziz

Alde egin nuen

Nere bizia egitera.

Nere blues egunekin

Nere amets egunekin

Zanpaka daukaten bihotza

Samba aire batez…

Biziz gose.

Heriotz segalari zen

Neska puta hartatik urrun.

L'usine

Ttotte Etxebeste —

La sonnerie du réveil te sort de ton sommeil, les draps froissés ont l’odeur de ta nuit. Maudit réveil, tu aurais bien dormi encore une heure ou deux. Mais tu n’as pas le choix, comme une automate, tu te rends dans la salle de bain et sous la douche, tu te sépares des rêves de la nuit pour revenir à la réalité du jour. Tu avales ton café noir, tu regardes dehors, il fait encore nuit. Tu frissonnes et une envie de replonger dans ton lit t’envahit. La radio annonce une belle journée ensoleillée, température de 22 degrés. Toi, tu n’en as rien à foutre du soleil, aujourd’hui, tu ne le verras même pas. Tu avances à pas feutrés jusqu'à la chambre des enfants. Ils dorment ! Même le petit dernier a réussi à s’endormir. Tu refermes doucement la porte. Tu prends ton sac et tu te diriges vers l’ascenseur. Tu montes dans le bus qui te déposera à l’entrée de l’usine.

 

Tes copines sont là. Elles ont la même tête que toi, celle qui a envie de faire demi-tour et de se casser de là. Mais pas le choix,  tu as besoin de ce salaire de misère. Tu pointes, tu es enregistrée. Tu peux rejoindre ton poste et devant ton atelier, tu commences à coudre, à coller et à recoudre, et à recoller, encore et encore, jusqu'à ce soir.

 

A présent, tu ne penses plus qu’à ce petit quart heure de pause, celui de neuf heures. Devant la machine à café, avec tes copines, vous parlez de vos vies, des enfants, du mari qui est là ou qui s’est barré. Tu leur raconteras ta nuit avec le petit dernier qui n’arrivait pas à dormir avec sa fièvre. Heureusement, tu as encore ta mère pour te venir en aide. Elle sera présente pour le réveil des enfants, les préparera et ira les déposer à l’école. Elle gardera le petit dernier près d’elle, tu lui as laissé les consignes sur la table de la cuisine.

 

Le petit chien du patronat te tourne autour pour te faire remarquer que tu ne tiens pas la cadence. Tu le regardes avec ton regard des mauvais jours. Il comprend ! Il continue son chemin. Non mais, qu’est-ce qu’il croit lui ! Ce pauvre type, qui ne gagne pas plus que toi et pourtant  se croit supérieur. Tout ça, parce que la direction lui a donné un peu de pouvoir. Il est là, et se balade de poste en poste avec son petit chronomètre de merde à la main. Il n’a que ces mots à la bouche « il faut tenir la cadence». Tu rêves d’une petite grève d’un jour ou deux, juste pour profiter du soleil, la météo annonce le beau temps pour les prochains jours. Ce ne sont pas les raisons qui manquent ; la cadence infernale, les conditions de travail et une petite augmentation qui ferait du bien à la fin du mois. Tu devrais en parler avec les copines au café. Les heures défilent, monotones, avec le bruit des machines pendant des heures interminables. Tu regardes ta montre. Encore une heure à tenir.

 

Après quoi, tu reprendras le bus, puis tu iras chercher les enfants chez ta mère. Tu espères que le dernier ira mieux. Tu les doucheras, les feras dîner avant de les mettre au lit. Epuisée, tu te laisseras tomber sur le canapé, devant la télé où des images défileront. Tu n’auras même plus la force de changer de chaine.

 

Tu le sais, tu ne dois pas rester devant cette télé sans quoi tu t’endormiras là même. Tu te lèveras et tu te coucheras seule dans ce lit vide. Et demain matin, le réveil sonnera à nouveau pour une autre journée à l’usine.

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