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Histoires courtes

Histoires courtes

Bidaia poetikoa

En cloque

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce matin, tu te sens drôle,

Pas dans ton assiette.

Tu te traines, tu gondoles,

Légèrement défaite.

Tu es à coté de tes pompes.

Tu as des haut-le-cœur,

Tu n’es pas à prendre

Avec des pincettes.

Tout t’écœure.

 

Tu as fait le test,

Tu comprends.

Pas de doute, il est là,

C’est sans conteste.

Le vertige te reprend

Tu as besoin d’air

Tu respires,

Il te faut une tequila !

 

Ton corps commence

À se transformer.

Tu as arrêté de fumer.

Tes seins gonflent,

Ton petit ventre plat

S’arrondit doucement.

Tu as un nouvel éclat,

Tu te sens en mouvement,

Tu ne montes plus sur la balance.

 

Ton ventre s’est bien arrondi.

Tu ressens ses premières secousses.

Ton pauvre dos le porte aussi.

Il te parle avec ses petits coups.

Tes seins sont lourds à présent.

Tu as des envies bizarres,

Des idées à foutre le bazar.

Tu n’es plus aux fruits de saison.

Tu te mets à repeindre la maison.

 

On te passe un gel, c’est l’échographie.

Tu entends les battements de son cœur

Tu l’aperçois sur l’imagerie,

Il n’est plus une rêverie.

Tu le ressens en profondeur

Ce petit être qui te chamboule.

Tu souris et tu sais,

Que toute ta vie,

Il te fera perdre la boule.

 

Les mois filent et tu changes,

Au fil de temps qui passe.

Tu dors sur le côté.

Tu es métamorphosée

Tu t’es merveilleusement érotisée.

Il ne va pas tarder à apparaitre

Ce petit humain qui te bouscule,

Maintenant, tu as hâte de le connaitre

Il est temps qu’il quitte sa bulle.

 

Tu gémis, tu souffles, tu pleures

Tout le monde s’agite autour de toi

Celui qui t’aime, te tient ta main.

Il n’est pas très fier.

Tu inspires, tu pousses.

Tu aperçois sa frimousse.

Il est dans tes bras,

Sur tes seins nourriciers.

Le cordon vous relie encore,

Le couper pour lui offrir sa liberté !

Une vie urbaine

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une pluie de silence tombe sur la nuit

Soudain les caniveaux sont des ruisseaux

Qui dégueulent, sur la ville, cette solitude

De la vie urbaine qui court dans l’inutile.

L’homme n’est plus qu’un fantôme

Qui erre dans ce vaisseau de béton

Sans capitaine, sans équipage.

Les corps courbés, déambulent,

Le regard perdu dans le vide.

Emprisonnés dans des voies sans issues,

Dans des labyrinthes de murs gris.

Les oiseaux ont fuit depuis des siècles

Laissant place aux hurlements des klaxons.

Le ciel se cache derrière un brouillard de fumée.

Les trains aériens ne mènent plus nulle part

Si ce n’est vers des ghettos, d’autres tours.

Des fourmis qui  s’engouffrent matins et soirs

Dans des métros souterrains, entassées

Dans la transpiration des unes et des autres.

Elles se touchent, elles se sentent et pourtant,

Elles sont invisibles, étrangères, indifférentes.

Des êtres perdus dorment sous des cartons

A même le trottoir dans le froid de l’indifférence.

Des mains inconnues parfois osent jeter une pièce

Ne sachant plus, lequel est le plus naufragé.

La ville les aspire dans ses égouts d’abandon.

Vie urbaine à la dérive, sans avenir dans les yeux.

Ils ne sont plus que des passants…

Passant dans le temps.

Sur cette écorce, je vais graver

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur cette écorce, je vais graver,

A la déchirure de mon âme,

Du passé tous mes drames

De mon corps à en crever.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Une vie écorchée vive,

Ces saisons corrosives,

Cette douleur en moi larvée.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

De mes larmes vaincues,

Ce qui n’est plus,

Ce qui est mort sous les pavés.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Ton nom mon amour

Je vais sculpter tes contours

Pour que tu m’aimes à en rêver.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Cet amour fou, et obstiné,

Avec ton sourire étonné,

A tes cotés prêt à tout braver.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Ton cœur pour qu’il me reste,

Tant que je suis terrestre,

Et que rien ne vienne l’entraver.

 

Sur cette écorce, je vais graver,

Notre vie à deux, avec force,

Creusée dans cette écorce,

De ce vieil arbre éprouvé.

Crois en tes ailes

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Crois en tes ailes

Reste cette rebelle

Mais surtout

Ne t’accroche pas

 À une branche

Qui d’un coup de vent,

Flanche

Se brise

Et te pulvérise.

Crois en tes ailes

Elles te porteront,

Te renforceront.

Mais surtout

Ne laisse personne

Te les arracher

Elle t’assassinerait

Elle ferait couler

Des larmes de sang,

Ta liberté dépérirait.

Crois en tes ailes

Déploie-les

Prends ton envol

Même si

Ça  t’affole

Et si parfois tu sens

Que le ciel est gris

Pas grave, c’est le prix.

Qu’importe, vole

C’est ta folie

Ta survie…

Ta vie !

Segalari

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ez dakit nondik etorria

Hor agertu zaitan.

Lanbroraren

Atzetik ateraia, edota,

Euri, blues,

Egun batez.

Puta baten begirada zaukan

Gorputz gerria

Erotzekoa egina.

Bularra malkartsu

Lotsagabe tente

Berotzen zautan.

Bere sareetan

Harrapatu nahian.

Itzuli gabeko

Bidaia batetara

Ereman nahian.

Eta nik ez ditut maite

Itzuli gabeko bidaiak !

Sabel dantza

Egin zautan

Liluratu gogoz.

Erotismo beteko

Hitzak kondatu zizkidan

Ez nuen sinetsi.

Zerbait arraroa zaukan

Neska puta hark!

Beharbada…

Nere blues-a

Beltzagoa izan balitz

Segituko nuen.

Bainan hor ez !

Beraz buelta eman

Eta plantoan utziz

Alde egin nuen

Nere bizia egitera.

Nere blues egunekin

Nere amets egunekin

Zanpaka daukaten bihotza

Samba aire batez…

Biziz gose.

Heriotz segalari zen

Neska puta hartatik urrun.

L'usine

Ttotte Etxebeste —

La sonnerie du réveil te sort de ton sommeil, les draps froissés ont l’odeur de ta nuit. Maudit réveil, tu aurais bien dormi encore une heure ou deux. Mais tu n’as pas le choix, comme une automate, tu te rends dans la salle de bain et sous la douche, tu te sépares des rêves de la nuit pour revenir à la réalité du jour. Tu avales ton café noir, tu regardes dehors, il fait encore nuit. Tu frissonnes et une envie de replonger dans ton lit t’envahit. La radio annonce une belle journée ensoleillée, température de 22 degrés. Toi, tu n’en as rien à foutre du soleil, aujourd’hui, tu ne le verras même pas. Tu avances à pas feutrés jusqu'à la chambre des enfants. Ils dorment ! Même le petit dernier a réussi à s’endormir. Tu refermes doucement la porte. Tu prends ton sac et tu te diriges vers l’ascenseur. Tu montes dans le bus qui te déposera à l’entrée de l’usine.

 

Tes copines sont là. Elles ont la même tête que toi, celle qui a envie de faire demi-tour et de se casser de là. Mais pas le choix,  tu as besoin de ce salaire de misère. Tu pointes, tu es enregistrée. Tu peux rejoindre ton poste et devant ton atelier, tu commences à coudre, à coller et à recoudre, et à recoller, encore et encore, jusqu'à ce soir.

 

A présent, tu ne penses plus qu’à ce petit quart heure de pause, celui de neuf heures. Devant la machine à café, avec tes copines, vous parlez de vos vies, des enfants, du mari qui est là ou qui s’est barré. Tu leur raconteras ta nuit avec le petit dernier qui n’arrivait pas à dormir avec sa fièvre. Heureusement, tu as encore ta mère pour te venir en aide. Elle sera présente pour le réveil des enfants, les préparera et ira les déposer à l’école. Elle gardera le petit dernier près d’elle, tu lui as laissé les consignes sur la table de la cuisine.

 

Le petit chien du patronat te tourne autour pour te faire remarquer que tu ne tiens pas la cadence. Tu le regardes avec ton regard des mauvais jours. Il comprend ! Il continue son chemin. Non mais, qu’est-ce qu’il croit lui ! Ce pauvre type, qui ne gagne pas plus que toi et pourtant  se croit supérieur. Tout ça, parce que la direction lui a donné un peu de pouvoir. Il est là, et se balade de poste en poste avec son petit chronomètre de merde à la main. Il n’a que ces mots à la bouche « il faut tenir la cadence». Tu rêves d’une petite grève d’un jour ou deux, juste pour profiter du soleil, la météo annonce le beau temps pour les prochains jours. Ce ne sont pas les raisons qui manquent ; la cadence infernale, les conditions de travail et une petite augmentation qui ferait du bien à la fin du mois. Tu devrais en parler avec les copines au café. Les heures défilent, monotones, avec le bruit des machines pendant des heures interminables. Tu regardes ta montre. Encore une heure à tenir.

 

Après quoi, tu reprendras le bus, puis tu iras chercher les enfants chez ta mère. Tu espères que le dernier ira mieux. Tu les doucheras, les feras dîner avant de les mettre au lit. Epuisée, tu te laisseras tomber sur le canapé, devant la télé où des images défileront. Tu n’auras même plus la force de changer de chaine.

 

Tu le sais, tu ne dois pas rester devant cette télé sans quoi tu t’endormiras là même. Tu te lèveras et tu te coucheras seule dans ce lit vide. Et demain matin, le réveil sonnera à nouveau pour une autre journée à l’usine.

La tapineuse

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle m’est apparue,

Venue de nulle part.

Sortie d’un brouillard

Un jour de pluie,

De blues.

Elle avait le regard

D’une aguicheuse

D’une petite garce

Roulée

Comme une bombasse.

Des seins qui pointaient,

Insolemment vallonnés.

Elle voulait m’attirer

Dans ses filets

M’embarquer

Pour un voyage

Sans retour.

Et moi, je n’aime pas

Les voyages

Sans retour !

Elle a dansé, volage,

A vouloir me séduire.

A l’écouter me baratiner

Je n’y ai pas cru.

Un truc ne collait pas

Chez cette nana.

Peut être que…

Si mon blues

Avait été plus noir

je l’aurais suivi.

Mais là non !

Alors, je lui ai tourné les talons

Et je m’en suis allé,

Continuer ma vie

Avec mes jours de blues

Et mes jours de folies.

Avec un cœur qui bat

A la vie

Sur un air de samba.

Loin d’elle,

Cette petite tapineuse,

La faucheuse.

Dilemme

Ttotte Etxebeste —

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis cette ombre inaccessible

Qui voyage dans ma mémoire

Itinéraire solitaire de l’inespoir

Dans ce naufrage d’un soi  invisible.

 

L’innocence de l’enfance perdue

Au fil d’un temps qui passe assassin

Comme s’estompe des traits au fusain

Sur le tapis de la vie au sang répandu.

 

Je suis cette imperceptible question

Qui brûle l’âme d’une plainte lancinante

Et pourtant étrangement fascinante 

Des nuits sans sommeil, de divagations.

 

Perdu à tout jamais dans la solitude

De l’inutile dilemme d’être ou ne pas être 

Pour au final dans l’abandon admettre

Que je n’aurai jamais aucune certitude.

 

Je suis cette passagère clandestine

Introduite à la naissance par infraction

Pour faire surgir en moi cette contradiction

Qui chaque jour sur mes contours se redessine.

 

Cet océan déchainé de réel et de cauchemar

Ce tourment qui me noie, me fait vaciller

A vouloir saisir le temps qui coule dans le sablier

Tourbillon de folie qui me fait perdre les amarres.

New York

Ttotte Etxebeste —

Par un après-midi de juin à Paris, tu te balades, tu flânes à la recherche, de l’instant, d’une lumière, d’une inspiration. Tu vas ainsi du Pont des Arts jusqu’au Pavillon de Flore et de là, tu poursuis ton chemin en longeant Les Lavoirs à Pont Royal. Tu connais la mélancolie, de la vie parisienne et la solitude, et au bistro tu as échoué, ou bien encore au Louvre pendant un orage. Et par un soir un soir bleu, sur le quai des Grands Augustins, des noctambules t’ont vu déambuler.

 

Un matin,  dans une chambre pour touristes, tu as décidé de repartir vers New York, ta ville. C’était l’été lorsque tu arrivas.  La ville, au mois d’aout, s’illuminait pour toi. Dans ta chambre d’hôtel où passait un train aérien, tu repensas à elle. Tu voulus changer d’air, tu descendis l’escalier, traversas la rue et au coin de la pharmacie, tu tournas pour rejoindre le cinéma à New York. Tu t’installas dans la pénombre de la salle où ils projetaient un tramway nommé désir ; tu l’oublias le temps du film et à la sortie du cinéma elle hanta à nouveau tes pensées, la jeune fille à la machine à coudre. Tu devais la retrouver, la revoir. Tu savais qu’elle habitait la maison au bord de la voie ferrée. Tu courus jusqu'à elle comme un automate, à en perdre haleine. Et tout en courant, tu te souvins du show féminin qu’elle faisait juste pour toi. Par la fenêtre tu la vis, assise à sa machine à coudre. Tu frappas à la porte. Lorsqu’elle ouvrit, son visage s’illumina. Elle t’enlaça, t’embrassa à n’en plus finir. « Tu es de retour enfin » te dit-elle.

 

Il était sept heures du matin, après une nuit entière à faire l’amour. Elle se leva t’abandonnant dans son lit. Elle prit la voiture et fit le plein d’essence. Lorsqu’elle revint, elle te lança « viens je t’amène en Pennsylvanie ». Elle voulait te montrer un village américain que tu devais peindre absolument. Vous rouliez depuis des heures lorsque vous passâtes devant le phare de Two Lights. « Arrête-toi ! Je veux voir la houle ! » Elle s’arrêta. Les gens au soleil se baladaient. Deux comédiens faisaient un spectacle de rue à des passants indifférents. Vous prirent dans un hôtel, une chambre au deuxième étage dans la lumière du soleil, avec vue sur la mer.

 

L’été s’écoula dans la douceur de la Pennsylvanie. Ce fut votre plus bel été. Cette année là tu commenças à peindre cette société américaine, avec ta mélancolie, avec cette dualité entre la nature et le monde moderne.

La ballade de Barbara

Ttotte Etxebeste —

 

C’était à Saint Lazare ce matin là, un quatre novembre, elle lui cria attendez moi que je revienne, sur ce quai de la gare de Lyon, mais l’homme en habit rouge s’éloignait déjà. Et elle, elle partait pour Vienne, pour une valse grise. Au revoir lui dit-elle du regard sans un mot, avec une mélancolie dans le cœur, elle soupira : « Ah ce qu’on s’aimait ! » et tout à coup un soleil noir traversa le ciel. Cet assassin, était ma plus belle histoire d’amour, pensa-t-elle. Elle aurait voulu lui écrire des litanies pour un retour, mais il était déjà loin il n’était plus qu’un passant. Et elle, qu’une rêveuse de parloir.

 

Elle traversa le verger en Lorraine en rêvant au bois de Saint Amand et plus rien n’avait d’importance puisque tout n’était que poudre de perlimpinpin. Aux abords de Göttingen elle eu un pincement au cœur, elle se souvint du temps où en automne elle vendait des petits gâteaux, en douce. Elle repensât à lui  un bref instant, pauvre Martin !

 

Dans les rues de Vienne, seule, avec dans la tête mille chevaux d’écume elle se murmurait j’ai tué l’amour, je ne sais pas te dire je t’aime. Elle s’aventura dans le chouette quartier et croisa le vieux monsieur Victor qui lui dit oublie cette romance et allons boire de l’absinthe. Tu es une belle dame brune et au dessus de toi vole un aigle noir. Elle s’en alla avec lui oublier le mal de vivre !

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