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Histoires courtes

Histoires courtes

Bidaia poetikoa

L'usine

Ttotte Etxebeste —

La sonnerie du réveil te sort de ton sommeil, les draps froissés ont l’odeur de ta nuit. Maudit réveil, tu aurais bien dormi encore une heure ou deux. Mais tu n’as pas le choix, comme une automate, tu te rends dans la salle de bain et sous la douche, tu te sépares des rêves de la nuit pour revenir à la réalité du jour. Tu avales ton café noir, tu regardes dehors, il fait encore nuit. Tu frissonnes et une envie de replonger dans ton lit t’envahit. La radio annonce une belle journée ensoleillée, température de 22 degrés. Toi, tu n’en as rien à foutre du soleil, aujourd’hui, tu ne le verras même pas. Tu avances à pas feutrés jusqu'à la chambre des enfants. Ils dorment ! Même le petit dernier a réussi à s’endormir. Tu refermes doucement la porte. Tu prends ton sac et tu te diriges vers l’ascenseur. Tu montes dans le bus qui te déposera à l’entrée de l’usine.

 

Tes copines sont là. Elles ont la même tête que toi, celle qui a envie de faire demi-tour et de se casser de là. Mais pas le choix,  tu as besoin de ce salaire de misère. Tu pointes, tu es enregistrée. Tu peux rejoindre ton poste et devant ton atelier, tu commences à coudre, à coller et à recoudre, et à recoller, encore et encore, jusqu'à ce soir.

 

A présent, tu ne penses plus qu’à ce petit quart heure de pause, celui de neuf heures. Devant la machine à café, avec tes copines, vous parlez de vos vies, des enfants, du mari qui est là ou qui s’est barré. Tu leur raconteras ta nuit avec le petit dernier qui n’arrivait pas à dormir avec sa fièvre. Heureusement, tu as encore ta mère pour te venir en aide. Elle sera présente pour le réveil des enfants, les préparera et ira les déposer à l’école. Elle gardera le petit dernier près d’elle, tu lui as laissé les consignes sur la table de la cuisine.

 

Le petit chien du patronat te tourne autour pour te faire remarquer que tu ne tiens pas la cadence. Tu le regardes avec ton regard des mauvais jours. Il comprend ! Il continue son chemin. Non mais, qu’est-ce qu’il croit lui ! Ce pauvre type, qui ne gagne pas plus que toi et pourtant  se croit supérieur. Tout ça, parce que la direction lui a donné un peu de pouvoir. Il est là, et se balade de poste en poste avec son petit chronomètre de merde à la main. Il n’a que ces mots à la bouche « il faut tenir la cadence». Tu rêves d’une petite grève d’un jour ou deux, juste pour profiter du soleil, la météo annonce le beau temps pour les prochains jours. Ce ne sont pas les raisons qui manquent ; la cadence infernale, les conditions de travail et une petite augmentation qui ferait du bien à la fin du mois. Tu devrais en parler avec les copines au café. Les heures défilent, monotones, avec le bruit des machines pendant des heures interminables. Tu regardes ta montre. Encore une heure à tenir.

 

Après quoi, tu reprendras le bus, puis tu iras chercher les enfants chez ta mère. Tu espères que le dernier ira mieux. Tu les doucheras, les feras dîner avant de les mettre au lit. Epuisée, tu te laisseras tomber sur le canapé, devant la télé où des images défileront. Tu n’auras même plus la force de changer de chaine.

 

Tu le sais, tu ne dois pas rester devant cette télé sans quoi tu t’endormiras là même. Tu te lèveras et tu te coucheras seule dans ce lit vide. Et demain matin, le réveil sonnera à nouveau pour une autre journée à l’usine.

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