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Histoires courtes

Histoires courtes

Bidaia poetikoa

Mon pote

Ttotte Etxebeste —

Mon ami, mon pote, tu es là, perdu, parce qu’elle s’est enfuie, t’a larguée. Ne chiale pas comme ça, putain ! Bouge un peu ton cul, dis-toi qu’elle n’était pas faite pour toi. Allez arrête, tu es pathétique, puis cesse de renifler comme ça, comme un con ! Putain mon pote, ce n’est pas grave, tu as perdu une bataille d’accord, mais pas la guerre.

 

Et puis, oui chiale si ça te soulage, après tout ! Mais arrête de regarder défiler ta vie, tu n’es plus là, t’es je ne sais où ! T’es assis là, comme on peut l’être dans un hall d’attente d’une gare, comme un mec qui attend son train. Comme si la vie était des voies de chemin de fer avec ses gares et ses aiguillages (non ce n’est pas un slam de grand corps malade). Imagine toi, mon pote, les voies sont nos voyages, les gares nos espaces de doutes et les aiguillages nos décisions. Il nous arrive de prendre une voie pensant qu’elle est la nôtre, et puis non, il y a un arrêt, un accident sur la ligne, et tout bascule vers les larmes, la douleur, alors tu descends et tu te retrouves en gare, le cœur en détresse, là avec tes questions, tes blessures, tes peurs, tes doutes.

 

Assis sur un banc, tu regardes passer les gens, et près de toi, peut-être, deux amoureux s’embrassent, sur ta joue une larme coule, tu repenses à ton amour perdu, tu les envies. Tu es dans cette gare une âme errante, un sans amour fixe. Pourtant, aujourd’hui ou demain, dans cette gare, il te faudra trouver ta nouvelle destination, te lever, prendre ton sac et aller voir le panneau d’affichage pour savoir où vont tous les autres trains.

 

A toi de choisir ton train mon gars, pour une meilleure vie. Sans le savoir mais en y croyant fort, aussi fort que ton souffle, pour que ce changement ait lieu, il te faudra trouver la force, puiser au plus profond de toi, creuser ton âme, apprendre à voir la lumière dans l’obscurité, et alors seulement tu trouveras la force et la motivation.

 

Il faudra t'éloigner de la douleur, et te rapprocher des plaisirs de la vie, car lorsque la douleur est en nous, souvent nous avons du mal à nous éloigner d’elle. Bien sûr, tu peux aussi errer dans cette gare pendant un certain temps, mais tu ne trouveras pas ta voie, tu ne sauras pas quelle est ta destination. Tu n’as pas le choix, tôt ou tard, il te faudra partir, reprendre la route, remonter dans un train, choisir le bon aiguillage pour ne pas te retrouver à nouveau en rade dans une autre gare, plus loin, plus tard.

 

Bien sûr, tu vas me dire que te jeter sous un train règlerai tout, tout serait bien fini !

Connerie mon pote, regarde comme la vie est belle ! Derrière tes larmes, derrière ta blessure, il y a le parfum de la vie. Cette vie est une garce, mais c’est une belle garce ! Alors accroche-toi à elle. Et tu le sais bien, nous les mecs, on a toujours aimé les belles garces. Alors putain, ne regarde pas sous les trains !

 

Tu reprendras goût à la vie et au départ de la gare, en remontant dans cet autre train, tu risques d’avoir le vertige. Mon ami, mon pote, tu auras sans nul doute la boule au ventre, envie de vomir, des sueurs dans les pores de ta peau, peut-être même une peur bleue et une envie de descendre, de te rassoir sur ton banc. Je sais au fond de moi, que tu ne descendras pas car tu cherches la lumière.

 

Surtout ne te trompe pas de train mon vieux, j’aimerai que tu prennes le bon cette fois-ci, qu’il roule, sans encombre, le plus longtemps possible jusqu'à toucher l’horizon et son soleil. Ne t’inquiète pas si ça prend du temps, tu sais bien que les trains on toujours du retard.

 

Allez viens, on va aller se manger un hamburger au buffet de cette gare et se taper une bonne bière. Mais putain, arrête de pleurer comme ça, un mec ça pleure pas !

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